TEXTES ET ARTICLES
DE PRESSE, TEMOIGNAGES
Article
du Journal NETSURF N° 38 Mai 99
AVEUGLES et MAL-VOYANTS
INTERNET en SON et RELIEF
Rodolphe HELDERLE
Helderlé@easynet.fr
Complexité
technique
Les associations de défense
à la traîne
Les aides de l' AGEFITPH
Adresses utiles
Une solution
miracle ? non. Mais Internet favorise indéniablement l'intégration
des handicapés.
Même si les freins restent nombreux, pour les aveugles
en particulier : accès aux sites, coût en ergonomie
des équipements spécialisés. Quelque soit
la nature du handicap, les réseaux d'échange et
les sites adaptés demeurent trop rares. " Je peux
acheter mes C.D. de jazz sur Cdworld sans souci grâce à
la version texte. En revanche, c'est impossible sur Music Boulevard,
car les liens pointent sur des photos plutôt que sur des
mots. Pour qu'un aveugle s'y retrouve,
les liens doivent se situer à l'extérieur des images.
Proposer une consultation en mode texte,
en parallèle à la version gaphique, n'est pourtant
pas compliqué. Nous ne sommes qu'au tout début
d'une prise de conscience ", lance Stéphane Hagues,
un technicien aveugle travaillant chez Ceciaa, une entreprise
spécialisée dans la vente et le conseil en équipement
informatique pour handicapés visuels.
Pour pallier les problèmes inhérents à l'utilisation
du multi-fenêtrage(les gros caractères n'ont pas
la place de s'afficher), des bandeaux et autres javascript, le
World Wide Web consortium (W3C)
a lancé un programme de sensibilisation. Le Web Accessibility
Initiative (WAI) a ainsi défini des règles de développement
garantissant l'accès à l'information des aveugles
et mal-voyants sur Internet. En attendant il faut encore tester
les serveurs au cas par cas. Sur son site Cast,
une association américaine, qui oeuvre à l'insertion
des aveugles, propose un petit moteur,
baptisé Bobby, qui vérifie en ligne l'accessilbilité
des Webs. Il suffit de saisir l'URL du site,
et Bobby se charge de le passer à la loupe.
Pour un aveugle, l'équipement spécifique pour surfer
comprend un navigateur spécialisé et un terminal
braille, qui retranscrit les textes de l'écran par séries
de 20,30,40,60,ou 80 caractères selon les modèles
(certains sont tactiles, d'autres non) ou un synthétiseur
vocal. Au total,
la facture est salée : il faut compter environ 10 000
francs pour le logiciel, entre 40 000 et 90 000 francs pour un
terminal braille et environ 15 000 francs pour un serveur vocal.
Aucune aide au financement n'est prévue si ces équipements
ne sont pas justifiés par une activité professionnelle.
Complexité
technique
Le numéro un des navigateurs
pour aveugles reste sans conteste Jaws. Le logiciel est complètement
intégré à Windows. Un partenariat de développement
lié étroitement l'éditeur
de Jaws à Microsoft.
Résultat : le navigateur fonctionne mieux couplé à
Internet Explorer qu'à Navigator ; Question messagerie, l'association
entre endora et Jaws semble au point. Mais, pour tirer perti de Jaws,
il faut connaître sur le bout des doigts la plupart des raccourcis
clavier. Il existe aussi un navigateur gratuit adapté aux aveugles,
même s'il n'a pas été développé spécifiquement
pour cette population. Il s'appelle Lynx et fonctionne sous Dos. Reste
que son utilisationr equiert un minimum de culture informatique. Il
faut de plus y associer une plage braille ou un module de synthèse
vocale, également sous Dos.
" Seuls 20% des aveugles maîtrisent le braille. Ce sont donc
les appareils de synthèse vocale qui se vendent le plus. Nous
apportons une assistance pour aider l'utilisateur à régler
son équipement. Personnellement, je reste un brailliste convaincu.
Avec cette technique, je me sens plus proche de l'information",
explique Stéphane Hagues.
L'équipement demeure un problème, tant en termes de coût
que de complexité technique. Confirmation sur une liste de diffusion
qui fédère une communauté d'aveugles : 80% des
échanges portent sur des questions informatiques !Pour Olivier
Borus, de la Fidev (Formation et Insertion pour déficients visuels),
"les interfaces spécialisées sont souvent complexes
et manquent d'intuitivité. Elles exigent un temps important d'apprentissage
et sont donc réservées à des personnes ayant de
bonnes capacités cognitives. Or, 73% des personnes handicapées
ont un niveau inférieur ou égal au Certificat d'Etudes
Primaires. Et avec une plage braille, la personne aveugle n'a qu'une
vision séquentielle des informations : elle ne lit que 20 caractères
à la fois,
par exemple. "Bref, on est encore loin de la solution idéale.
Mais la recherche fait des progrès. L'INSERM (Institut national
de la Santé et de la recherche Médicale) propose ainsi
une version bêta de BrailleSurf, un navigateur non visuel, combinant
plage braille, synthèse de parole et affichage en gros caractères.
Pour l'instant, l'application est testée dans quelques écoles
spécialisées ; le mode de commercialisation reste à
définir. "L'Internet pour les aveugles et mal-voyants tient
au moins autant à l'existence d'outils pour accéder aux
services qu'à la façon dont ces services sont
conçus ", souligne Dominique Berger, l'un des responsables
du projet Braillesurf Navigateur pour Tous.
Avec Internet, les séditeurs de logiciels et de terminaux spécialisés
ont la possibilité de ratisser
plus large. Donc, de réduire leurs prix. un fabricant de terminaux
braille aux Etats-unis a ainsi vendu 30 000 appareils dans le monde.
Mais l'espoir le plus net de chute des tarifs vient plutôt
des applications grand public, qui collent de plus en pluus aux besoins
des aveugles et
déficients visuels. IBM annonce ainsi la sortie de home Page
Reader, un navigateur basé sur Netspace Navigator et la technologie
de Viavoice.Ce logiciel proposera à l'utilisateur voyant, comme
non voyant, une consultation vocale des sites Webs. Et serait capable
de lire les tableaux, des textes alternatifs en lieu et place des images,
les liens des images réactives...Une voix masculine pour le texte
et un timbre féminin pour les liens.
" Favoris, aide en ligne, service de messagerie...tout semble accessible
! Pour plus de simplicité, la navigation se fait au moyen du
pavé numérique.On attend avec impatience de tester ce
produit, qui ne sera d'abord disponible qu'en anglais. En espérant
que son prix restera grand public!" s'enthousiasmait-on dans les
colonnes de Handimag. "La niche de produits spécifiques
aux handicapés se fond petit à petit dans le marché
grand public. Le nombre de mal-voyants augmentant sensiblement, les
possibilités de configuration des écrans sont de plus
en plus pointues. A la différence de la lumière naturelle,on
fait pratiquement ce que l'on veut avec un moniteur ", lance Michel
Puech, journaliste de 51 ans, touché depuis l'âge de 45
ans par un problème de rétinite pigmentaire. Après
s'être plongé dans la télématique, il découvre
Internet en 1995 et se spécialise dans le journalisme électronique.
Il conçoit le quotidien électronique du CNET (Centre National
d'Etudes des Télécommunications).
Les
associations de défense à la traîne
" J'ai mis
du temps à reconnaître mon handicap, reprend Michel
Puech. Je suis tout juste en train de monter un dossier pour
financer mon équipement informatique. Après une
période difficile, Internet m'a permis de rencontrer d'autres
personnes touchées par ma maladie. On a dialogué
et
je me suis senti mieux. Dans la foulée j'ai monté
un site avec Nicolas Graner, un autre internaute. Nous avons
ouvert une liste de diffusion sur la rétinite pigmentaire.
Pour le moment, soixante personnes y sont inscrites. Des médecins
et des psychologues participent aux échanges.
Il y a parfois de véritables tranches de vie qui circulent
sur le réseau. "
Le groupe Fr.misc handicap, sur Usenet, reste très général.
En effet, une grande association de défense et une myriade de
petits satellites représentent chaque catégorie de handicap,
mais rares sont les organismes qui se sont lancés sur
le net dans une stratégie de contenu.
Fondateur et rédacteur du Petit Handinaute Illustré, un
magazine d'information impertinent, Laurent Lejard estime que "
les associations ont encore trop la volonté d'attirer de nouveaux
adhérents pour accroîter les dons et justifier plus de
subventions. Donc, elles tardent à reconnaîter l'intéret
d'Internet. Et pourtant, cet outil se révèle idéal
pour diffuser l'information ou offrir des services. Actuellement, une
réforme de la loi de 1975 sur les handicapés est en cours.
Les associations, qui participent aux discussions, pourraient ouvrir
le débat sur la Toile .Faire le point. Nous informer. Mais elles
se posent en gestionnaires plutôt qu'en véritables organismes
de défense des handicapés. "Sur le Petit Handinaute
Illustré, on trouve une rubrique polémique, mais aussi
une chronique sur l'actualité du handisport ou des comptes rendus
de voyages à l'étranger.
Pour Laurent Lejart, " il faut absolument prendre du recul
par rapport à sa pathologie.
Y compris sur Internet ! "Du côté de l'association
Handisurf, on milite pour favoriser l'accès des handicapés.
Le slogan est le suivant : "Monsieur France-télécom,
pensez à nous, offrez-nous un forfait Internet pour qu'on puisse
communiquer librement ". Une requête identique aux attentes
de la grande majorité des internautes.
Les
aides de l' AGEFITPH
L'AGEFITPH, l'association
chargée de récolter les fonds auprès des entreprises
qui n'emploient pas 6% d' handicapés, veille à financer
l'insertion de ces derniers. Pour tout projet professionnel
d'un handicapé, l'Agefipth est susceptible de financer les aménagements
nécessaires
(grands écrans, terminal braille, module de synthèse vocal),
mais aussi d'acorder, dans le cadre d'une création d'entreprise
ou du passage au statut de travailleur indépendant,
une aide allant jusqu'à 70 000 francs.
Adresses
utiles
Bobby : www.cast.org/bobby
Liste
de diffusion sur la rétinite pigmentaire : 00.artedit.com
Liste
de diffusion Net Cécité : www.cam.org/-eoue/netcecite/index.htlm
Formation
et insertion pour déficients visuels : fidev.ec-lyon.fr
Handimag
: www.handimag.com
Association handicap
et technologie : www.oceanet.fr/associations/vgv/hat/hatpl.htm
Handisurf
: handisurf.ovh.net
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