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par Jean-Marie D'Amour 9 février 1999 L'adaptation du Web L'adaptation au Web
Internet n'est plus un
phénomène en émergence, du moins au Québec,
mais une réalité grand public en croissance rapide. Pour
un nombre de plus en plus grand, il a déjà changé
notre façon Il représente une opportunité extraordinaire pour les personnes non-voyantes. Internet permet enfin d'accéder à la même information que les voyants et en même temps, ce qui représente un progrès par rapport à l'enregistrement audio ou à la transcription braille. On parle déjà de bibliothèque virtuelle, ce qui illustre bien les possibilités ouvertes par ce média. Internet peut être un contenant et un véhicule pour la bibliothèque, mais il est également un contenu qui dépasse les frontières de la bibliothèque. C'est une porte ouverte sur le monde. Un nouveau départ pour tous, que nous soyons voyants ou non-voyants. Des entreprises privées
ou publiques de plus en plus nombreuses ont placé ce nouvel outil
au cur de leur stratégie de communication interne et externe.
L'intranet et l'internet deviennent dans bien des cas des outils de
travail indispensables. Une personne non-voyante peut très bien
utiliser le courrier électronique, ce qui n'est pas le cas de
la télécopie, impossible ou difficile à lire. Internet est cependant
une réalité en évolution très rapide, une
rapidité de changement que l'on peut qualifier de phénoménale
et de passablement essoufflante pour ceux qui veulent se tenir à
la fine pointe. Malheureusement, cette évolution ne va pas toujours
dans le bon sens. Toutes ces nouvelles technologies qu'on introduit
si rapidement sur Internet ne facilitent pas toujours la tâche
de ceux qui veulent les utiliser via des adaptations braille ou sonores.
En pratique, cette course Même s'il existe un organisme central de concertation et de consensus comme le World Wide Web Consortium qui tente d'établir des standards qui tiennent compte des besoins des personnes handicapées, HTML 4.0, par exemple. Il est débordé de toutes parts par les petits et les grands concepteurs trop pressés de gagner un avantage significatif sur leurs concurrents. Résultat: un développement somme toute assez anarchique. L'adaptation d'Internet est donc une bataille permanente qui se fait sur deux grands fronts à la fois: l'adaptation du Web et l'adaptation au Web. Le premier relève de la responsabilité sociale face à l'exclusion de certains individus. Le second, fait appel à la responsabilité individuelle des exclus de se donner les moyens nécessaires à leur intégration sociale. Sur le front de l'adaptation
des sites Web, l'initiative la plus intéressante et la plus prometteuse Le WAI a produit à ce jour des documents de travail proposant des lignes directrices s'adressant notamment aux concepteurs de pages Web, aux concepteurs d'outils de navigation et aux concepteurs d'outils de conception de sites. De plus, ils tentent de développer des outils de diffusion pour évangéliser les divers publics qu'il faut sensibiliser au concept d'accessibilité universelle du Web. Le principe fondamental
véhiculé par le WAI est de dissocier le contenu d'un site
de sa présentation et de toujours privilégier les balises
qui qualifient la structure au détriment de celles qui modifient
seulement l'apparence, par exemple, la balise <STRONG> plutôt
que la balise <B> pour gras. C'est une façon différente
et plus exigeante de concevoir un document que celle à laquelle
nous a habitué le traitement de texte où seul compte le
résultat obtenu sur papier. Heureusement, cette nouvelle
façon de concevoir un document présente d'autres utilités
que l'accessibilité universelle qui deviendrait autrement un
fardeau que beaucoup jugeraient trop lourd Dans le domaine de l'édition papier, avec le développement des outils de conception, les dernières années ont vu apparaître dans les documents imprimés des mises en page de plus en plus complexes qui posent des obstacles parfois insurmontables aux machines à lire qu'utilisent de nombreuses personnes non-voyantes. Comme dans bien d'autres domaines, à partir du moment où une technologie est disponible, il devient irrésistible de la pousser à sa limite quelqu'en soit les conséquences sociales ou autres. C'est la même chose sur Internet avec, en plus, toutes les possibilités offertes par le multimédia. Il est facile de concevoir
un site Web accessible. Là où réside vraiment le
défi c'est de concevoir un site Web intéressant, dynamique,
interactif, à la fine pointe des nouvelles technologies
et accessible. Chaque nouvelle technologie en émergence sur le
Web constitue un nouveau défi 1.Offrir, le plus tôt possible, une traduction française de tous les documents publiés par le WAI parce qu'il est toujours plus agréable de lire dans sa langue. Si l'on veut faire du travail de promotion en français, il est important de disposer d'outils dans cette langue. 2.Les documents du WAI sont des documents techniques de haut niveau très pertinents quand on s'adresse à des spécialistes du HTML, mais peu utiles pour d'autres publics. La conception des sites Web passe par des décideurs qui n'ont pas ces compétences techniques et implique des professionnels issus de divers horizons (communication, marketing, graphisme, animation vidéo et autres). Il faut pouvoir s'adresser tout autant à ces acteurs importants et ce, dans un langage qu'ils puissent comprendre. 3.Offrir dans chacun des pays, avec la collaboration d'agences privées ou publiques, des services de consultation sur l'accessibilité universelle d'Internet pour guider les concepteurs de sites en proposant des exemples à suivre et des sessions de formation. Ces services pourraient également donner des conférences aux décideurs et autres acteurs qui ne sont pas des spécialistes du HTML. 4.Mobiliser les utilisateurs qui bénéficient de cette accessibilité en leur fournissant des outils de sensibilisation dans un langage qu'ils puissent s'approprier tout en référant leurs interlocuteurs aux documents de nature plus technique. Rien ne vaut, par exemple, l'intervention d'un utilisateur aveugle auprès d'un responsable de site pour lui expliquer les problèmes qu'il rencontre. Compte tenu du nombre d'acteurs à sensibiliser, c'est souvent la meilleure porte d'entrée pour faire bouger les choses. Nous croyons quant à nous qu'il s'agit d'un moyen d'action absolument indispensable. L'approche de l'adaptation des sites Internet donne déjà des résultats intéressants et il faut poursuivre sans relâche le travail dans ce sens, même si la tâche est immense et que l'objectif ne pourra être atteint que partiellement. C'est pourquoi il faut également travailler sur un autre front, celui de l'adaptation au Web. Le deuxième
front est celui de l'amélioration des outils d'adaptation pour
l'utilisation d'Internet. Cette approche comporte cependant plusieurs
difficultés dont il faut également parler. Nous avons déjà parlé
de la rapidité de l'évolution d'Internet. Nous pourrions
ajouter que certaines technologies en émergences sont vouées
à un avenir très éphémère alors que
d'autres vont s'imposer plus longtemps ou marquer une nouvelle étape.
Il faut faire les bons choix sans prendre trop de retard. D'autre part,
maintenir la compatibilité avec les logiciels et matériels
d'adaptation exige également du développement pour les
concepteurs de navigateurs dédiés. Les outils d'adaptation tels que JAWS ont été conçu comme des interfaces adaptées de Windows et ont donc une vocation générale d'adaptation qui prend déjà en compte l'évolution des logiciels et matériels d'adaptation. D'autre part, grâce à une collaboration avec Microsoft, JAWS propose une adaptation de plus en plus complète d'Internet Explorer 4. Il incorpore notamment des fonctions de réinterprétation de la page Web qui s'approche grandement de ce que font les navigateurs dédiés, mais tout en demeurant dans le cadre du navigateur de Microsoft. Microsoft a essuyé depuis plusieurs mois de nombreuses critiques concernant ses pratiques commerciales monopolistiques. Il reste cependant que cette compagnie a pris au sérieux le concept d'accessibilité universelle, ce qui se traduit d'une version à l'autre par de nouvelles fonctions d'accessibilité. Nous pourrions même imaginer que le travail de réinterprétation du code HTML tel que réalisé par les navigateurs dédiés pourrait être pris en charge partiellement ou totalement au niveau même du navigateur grand public. Mais, de plus en plus, que ce soit au travail ou à la maison, les personnes non-voyantes partagent un ordinateur avec des personnes voyantes. De plus en plus, les personnes non-voyantes doivent travailler en équipe avec des personnes voyantes sur les même contenus. Il faut donc, le plus possible que la personnes non-voyante puisse accéder entièrement à l'information sur le même écran que la personne voyante et dans la même mise en page. Il y a donc du travail à faire du côté de l'amélioration des outils d'adaptation pour développer par exemple une reconnaissance intelligente et automatique des colonnes ou des pavés de texte permettant de naviguer plus facilement sur des mise en pages complexes. Ce n'est pas simple, mais il y a sûrement des possibilités à explorer et à créer de ce côté. Notons enfin que le Web mobilise de plus en plus de travailleurs à travers le monde, et pourquoi pas aussi des travailleurs du Web non-voyants. Il y a déjà des webmestres aveugles comme mon ami Émile Ouellet ou handicapés visuels comme moi-même. Mais, peut-on penser intégrer des non-voyants dans les équipes de conception des sites Web les plus importants? Pourront-ils se mesurer à leurs pairs voyants dans l'utilisation des nouvelles technologies constamment en émergence sur le Web? Pourront-ils non seulement combler leur retard mais prendre de l'avance sur leurs concurrents? Pourront-ils devenir les concepteurs champions de sites intéressants, dynamiques, interactifs, à la fine pointe des nouvelles technologies et accessibles? Il reste du chemin à parcourir,
mais ce chemin est déjà balisé et la rencontre
d'aujourd'hui pourrait constituer une étape déterminante.
C'est ce que je nous souhaite.
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