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Edith Thoueille : Aider les mères non-voyantes Comment aider une mère
aveugle à s'occuper en toute sécurité de son nouveau-né
? Quels conseils pratiques lui donner pour pallier son déficit
? Telles étaient les questions qu'Edith Thoueille, puéricultrice,
responsable d'un centre parisien de PMI, quand elle reçut il y
a quatorze ans Anne, sa première maman aveugle, et Melissa, son
bébé de deux mois. Elle n'était pas du tout formée
pour ça : on n'apprend pes, dans les écoles de puériculture,
à conseiller les mères non-voyantes. Mais elle était
prête à faire face. Après une formation d'infirmière,
une expérience en cardiologie dans le service du Professeur Cabrol,
une autre en chirurgie réparatrice pour enfants brûlés,
elle entre à l'école de puéricultrices du boulevard
Brune à Paris, un haut lieu de la spécialité. Pour
réaliser ce qu'elle désirait deouis le départ : s'occuper
de nouveaux-nés. Un bébé à tout prix Pour aider la mère
aveugle qu'elle vient de recevoir, Edith va puiser ses informations à
la source. Rendez-vous est pris à l'association Valentin-Haüy
pour les aveugles où elle emmène son équipe pour
une réunion avec des parents non ou mal-voyants. Ceux-ci exposent
leurs problèmes, le courant passe. Edith découvre un monde
inconnu, où les femmes désirant avoir un enfant sont plutôt
mal vues et la naissance d'un bébé pas forcément
synonyme de joie, du moins dans leur famille. Dès qu'une femme
aveugle annonce à ses proches qu'elle est enceinte, on lui assène
neuf fois sur dix une autre façon de voir. Angoissée : "Comment
vas-tu faire ?" Catastrophée : "Tu n'y arrivera jamais."
Culpabilisante : "Et si tu transmettais ton handicap à ton
enfant ?" Outrée : "Quand on est aveugle, pourquoi se
compliquer encore la vie avec un enfant ?" L'acceuil n'est pas meilleur
du côté des services médicosociaux où on les
décourage le plus souvent d'avoir un enfant. Reste, pour ces femmes
et ces couples, le désir chevillé au corps d'avoir un bébé
à tout prix. Des trucs pratiques et sécurisants En rendez-vous individuel
ou en groupe, elle déballe devant les mères sa valise de
layette où elle a présélectionné un double
choix : les bons articles et les autres. Pratiques, les bodies qui s'attachent
devant avec des pressions plutôt que ceux qu'on enfile. On manipule
moins le bébé. A proscrire : les brassières et les
bavoirs à cordons, au profit de ceux munis d'une bande velcro.
Le porte-bébé le plus pratique ? C'est celui fait d'un double
harnais, comme ceux des parachutistes : l'un enfilé par la mère,
l'autre mis au bébé. Les deux s'accrochent facilement par
cliquage sur la poitrine. C'est solide et laisse une grande autonomie
de mouvement à la mère. Ecouter la différence Ne dites pas à Edith
qu'elle est devenue une spécialiste de la non-voyance, ça
l'agace : "Ce n'est pas une spécialité, mais une attention
particulière portée aux mères en difficulté."
Observer, écouter, laisser parler. Cette faculté, elle l'a
renforcée en suivant encore une formation d'anthropologie dans
des séminaires du CNRS. "Quand on apprend à connaître
les différentes techniques de maternage d'Afrique ou d'Asie, confortées
par des connaissances en pédopsychiatrie, on s'interdit de fonctionner
par rapport à ses propres références et on cherche
simplement à comprendre l'autre." Une réflexion qui
vous fait humble...Passant de la théorie à la pratique,
Edith a créé un groupe de parole pour mères non-voyantes.
Tous les mardis, celles-ci apprécient de se retrouver à
la PMI, parfois avec des mères voyantes, pour se confier, échanger
des idées, des conseils pour s'en sortir, vivre mieux. Leurs soucis
ne sont pas si différents de ceux des autres mères. "Aveugles
ou pas, toutes les mères sont différentes", insiste
Edith. retour au sommaire de cette rubrique
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