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UNE
REEDUCATION
Un stage pour retrouver
ma liberté
Deux ans
après avoir perdu la vue, j'ai suivi un stage de rééducation
fonctionnelle à Marly-le-Roi, dans l'un des deux centres de l'APAM.
En quelques mois, j'y ai retrouvé mon autonomie.
J'avais tout d'abord refusé de faire ce stage, réaction
classique d'un aveugle qui n'accepte pas son handicap. Subitement privé
de la vue, j'étais pris au dépourvu et incapable de faire
quoi que ce soit tout seul. Il faut du temps pour réagir. Car
tout devient difficile: manger, boire, marcher...et même se laver,
s'habiller. Il faut donc réapprendre à accomplir un grand
nombre d'actes simples de la vie quotidienne. Puis revient l'envie de
faire des choses et surtout, de les faire seul. Il arrive un moment
où l'on ne supporte plus de dépendre des autres.
J'ai donc rempli le dossier d'inscription aux cours de l'APAM à
Marly-le-Roi. Pour réapprendre à me débrouiller
seul, j'ai eu la chance d'être aidé par des professionnels
compétents.
La difficile
condition d'interne
Le centre est un internat
qui reçoit dix-sept personnes. La durée du stage n'est
pas limitée, c'est l'équipe du centre qui juge du moment
où le stagiaire semble avoir atteint son objectif. On peut estimer
la durée moyenne du séjour à quatre mois, pendant
lesquels est dispensé un maximum de quatre cours par jour.
On apprend à se déplacer à l'intérieur comme
à l'extérieur. On apprend à lire et écrire,
en braille et avec un stylo, à utiliser un ordinateur...On apprend
les actes de la vie quotidienne: cuisiner, reconnaître les billets
et les pièces de monnaie, faire des marques chez soi pour mieux
se repérer. On apprend comment jouer aux cartes ou à certains
jeux de société que l'on aura préalablement adaptés.
Il y a quelque chose de très réconfortant à découvrir,
derrière chaque problème, une méthode ou de petites
astuces pour le surmonter.
Pour une meilleure agilité et une plus grande aisance dans l'espace,
des cours de travaux manuels sont également au programme, ainsi
que des séances de travail (facultatives) avec une psycho-motricienne.
En apprenant à réaliser un objet en poterie ou en rotin,
on se livre à un travail bien moins ludique qu'il n'y paraît.
Le travail manuel prend là tout son sens, en exerçant
les mains à la dextérité. Et cela est très
important car un aveugle n'a de contact avec les choses qu'en les touchant.
Mon objectif au centre était ni plus ni moins de pouvoir me débrouiller
à l'intérieur comme à l'extérieur de l'appartement
que je venais de prendre seul. Vaste objectif...
Maintenant, je suis
libre
Actuellement, je me débrouille
seul chez moi. Une personne vient deux fois par semaine pour faire le
ménage et les courses d'alimentation que j'ai du mal à
faire seul. Mais désormais je sors seul dans la rue, je prends
le métro et je me rends dans certains magasins. J'ai constaté
à l'usage que c'est grâce à l'enseignement du centre
que jamais je n'ai d'accident: je sais par exemple traverser une rue
sans risque de me retrouver exposé au milieu des voitures.
Un stage de ce type n'est pas seulement une expérience enrichissante,
c'est un atout incomparable pour une nouvelle vie. Certes l'internat
implique de se plier aux règles imposées par la vie en
société. Il faut suivre le rytme adapté au plus
grand nombre, donc pas forcément à chacun. Mais s'il faut
se faire aux gens et aux lieux, comme dans tout internat, on se retrouve
par contre entre personnes qui ont des difficultés, et à
cette étape c'est bien réconfortant.
Le plus dur est en fait la rééducation elle-même.
Réapprendre les actes les plus ordinaires de la vie, comme cela
semble ingrat de prime abord. Mais c'est le chemin vers une vie adulte
et autonome.
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